Cette après-midi à l'occasion d'une conférence de presse, le Président de la Fédération Française de Basket-Ball, Yvan Mainini et le Directeur Technique National, Jean-Pierre De Vincenzi, ont dévoilé les noms des nouveaux entraîneurs des Équipes de France féminine et masculine. Pour les filles c'est l'actuel entraîneur de l'équipes de Bourges, Pierre Vincent, qui aura pour objecif de relancer les Bleues. Chez les hommes la rumeur annonçant le retour de Michel Gomez était donc fondée puisque c'est bien l'ancien coach de Limoges et Pau qui succède au démissionnaire Claude Bergeaud. Mais si pour Vincent le choix me paraît logique, seul Buffart ex coach de Valenciennes et actuel d'Ekaterinburg affiche peut-être plus de prestige, pour Gomez en revanche de nombreuses questions se posent.
En effet si le normand est un de nos plus prestigieux coachs, ces principaux faits d'armes remontent à plus de 10 ans désormais. Alors sans faire injure à ses qualités, on peut légitimement se demander pourquoi la fédé a choisi de le ressortir du placard. Pour les plus jeunes et afin de mieux cerner le personnage qui aura la lourde tâche de relancer un basket français au fond du trou, retraçons brièvement les grandes lignes d'une carrière bien singulière.
S'il grandit près de Rouen, c'est à Challans en Vendée que l'aventure de coach de Gomez va prendre forme. A seulement 32 ans, il transforme ce petit club familial en équipe d'élite (4ème en 1986 de Nationale I, l'actuel Pro A). Le club phare du basket français, le CSP Limoges, fait alors appel à lui. En grand tacticien et en véritable meneur d'homme, il mène une équipe super talentueuse (Monclar, Beugnot, Dacoury, Collins, Ostrowski, ...) à un triplé historique en 1988 (Tournoi des As, championnat et coupe des coupes). D'éntrée Gomez a su imposer sa griffe, c'est à dire un fort caractère, une présence, qui pousse les joueurs au dépassement de soi (mais aussi à de violentes oppositions et ruptures) et un jeu flamboyant où le jeu d'attaque est mis à l'honneur. En avance sur son temps, il exige la présence d'un adjoint à temps plein et fait ainsi de Frédéric Sarre le 1er assistant professionnel du basket français. Les bons réultats s'enchaînent et en 1990, il fait de Limoges le 1er club français à se qualifier pour le Final 4 du championnat d'europe des clubs champions.
A l'été 90, alors qu'il vient de mener le CSP à un 3ème titre d'affilée, Michel Gomez quitte avec fracas les limougeaux pour rejoindre l'ennemi héréditaire, l'Elan béarnais Pau-orthez. Vainqueur des As en 91, il remporte le 1er titre de l'Elan, en 92, depuis le déménagement d'Orthez à Pau. Le nouveau coach crée aussi l'attraction en faisant venir le géant roumain Gheorghe Muresan (2.31m) mais remporte son pari en transformant le phénomène de foire en véritable basketteur de très haut niveau. Quart de finaliste de l'Euroleague en 1993, Gomez échouera au même stade en 96 lors de la fameuse épopée de la "French Team". Mais son long séjour béarnais se conclue par un nouveau titre national avec Rigaudeau à la baguette.
Dans le même temps de 93 à 95, il tente de faire remonter la pente à des Bleus en difficultés. Malheureusement au championnat d'europe de 1995, l'équipe échoue à se qualifier pour les prochains jeux olympiques d'Atlanta suite à une défaite en quart de finale contre l'ogre yougoslave (104-86). L'objectif n'est pas atteint mais le bilan des Bleus est correct et le style offensif plait.

Jusque là tout va bien, c'est le moins que l'on puisse dire, mais le problème c'est qu'à partir de ce moment, le parcours de Gomez va sombrer dans les échecs répétés. Ayant tout gagné dans l'hexagone, il devient le deuxième technicien français, après Busnel au Real, à diriger une formation étrangère, le PAOK Salonique du jeune prodige serbe Peja Stojakovic. L'expérience tourne court quand Scott Skiles, ancien meneur d'Orlando, et alors joueur du club grec finit par avoir sa peau. De retour à Limoges en 97, il échoue de peu dans son come-back avant de connaitre des années difficiles avec Antibes, au Havre puis à Orléans en ProB pour 2 matches seulement (2003). Depuis, rayé du basket de clubs français, il avait fait son retour au sein de la fédération où il coacha les A' et les Espoirs. L'année dernière au championnat d'europe, Gomez n'avait pu menenr les De Colo, Cel, Curti and co au delà d'une décevante 9ème place.
Alors pourquoi ce choix au regard du bilan bien "pauvre" de Gomez ces dix dernières années? Le DTN, Jean-Pierre De Vincenzi donne quelques éléments de réponse: "Les nouveaux sélectionneurs des Équipes de France ont été choisis suite au travail effectué par les commissions mise en place par le Bureau Fédéral. Ces groupes de travail ont révélé dans leurs conclusions que les nouveaux sélectionneurs devaient être des hommes d'expérience, ayant une réelle capacité dans la gestion d'un groupe, qui ont fait leurs preuves au niveau national et international, qu'il soit reconnu et possédant déjà un palmarès." Expérience, palmarès, gestion d'un groupe ok là dessus pas de doute, le nouveau coach des Bleus répond à tous les critères. Mais le problème est de savoir si Gomez peut adapter son basket multi titré des 80-90's au basket d'aujourd'hui. Son absence prolongée durant les dernières années inquiètent et les derniers résultats des jeunes n'incitent pas à un grand optimisme. Certes au contact des jeunes, il aura sans doute appris à mieux appréhender la nouvelle génération, mais il va devoir désormais diriger, non pas des gamins de 20 balais mais des mecs expérimentés dont certains sont (ou se considèrent mais c'est un autre débat) des stars NBA.
Ce choix à haut risque est un pari à quitte ou double pour le duo Mainini (président de la FFBB) - De Vincenzi (DTN). Critiqués de toutes parts, ils ont probablement voulu tenter un dernier coup. Mais j'ai du mal à saisir le sens de ce choix. Est-ce une opposition à l'américanisation du jeu français? Le fait de prendre un coach ayant réussi à une époque où aucun français n'évoluait outre atlantique en serait peut-être le signe. De plus en choisissant des forts caractères, je pense aussi à Jean-Louis Borg qui l'assistera, le message est peut-être de faire comprendre aux "starlettes" NBA qu'il ny aura pas de passe droit et que seuls les plus motivés joueront. Laurent Sciarra dans son interview à Maxi basket (dont une partie est relatée sur le blog de Pascal Legendre, le rédac chef) disait ainsi à propos du coach de Vichy: " Lui, tu vois, il n’en a rien à foutre de ton pedigree ou de ta carte de visite. T’es pas au taquet ? Tu ne veux pas t’entraîner comme les autres ? Sur la ligne, dehors ! Il est grand temps de revenir au bâton et au fouet, de prendre conscience que le basket est un sport de combat, qu’il faut aller à la mine pour espérer gagner. La base de tout, c’est le travail. Si des gars sont fatigués, n’ont pas envie, trouvent ça compliqué, eh bien on ne les prend pas."
Mais même si c'est le message (ce qui n'est qu'une supposition de ma part) que souhaitait adresser la fédé aux joueurs, je pense que d'autres choix étaient meilleurs. Je ne reviendrais pas sur le cas Rigaudeau car son inexpérience me gênait beaucoup. Mais je pense à Greg Beugnot qui pour moi possédait toutes les qualités pour faire un grand sélectionneur. Bon j'avoue c'est mon coach favori, le dernier à m'avoir fait rêver avec une équipe française en Euroleague, la fameuse Green Team de 97 (Rudd, Digbeu, Bilba, ...). Il possède l'expérience du haut niveau (dernier coach français à avoir mené une team au final four de l'Euroleague) et a l'avantage d'être encore dans le circuit puisqu'il coache toujours à Chalon en Pro A. Il avait les qualités techniques mais aussi le charisme pour mener les Bleus au sommet. Bon on verra bien ce qu'il en est, la magie Gomez n'a peut-être pas disparu, pour l'avenir du basket en France je le souhaite bien évidemment.



